[JE] Mellet & Verstraete - “Passés et présents anthologiques”

updated 20:23:31 - December 1, 2022

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Valoriser un patrimoine ouvert

Le numérique, compris comme média et environnement, relève davantage d’une conversion que d’une révolution (Doueihi et Chemla 2008), se définissant par des phénomènes de continuité entre tradition et nouveauté. La modularité de son support permet de valoriser des corpus anciens mais aussi de renégocier avec leurs caractéristiques, de les actualiser en un sens pour leur faire réaliser le passage entre passé et présent. Dans cette perspective des nouveaux médias, Doueihi, dans son ouvrage Pour un humanisme numérique (2011), parle d’une culture anthologique, prenant racine dans l’Antiquité et perdurant encore aujourd’hui dans nos espaces numériques. Cette culture se fonde sur la structure du fragment qui souligne ainsi la persistance d’une pratique anthologique dans le déploiement numérique, visible notamment dans la circulation et l’organisation des contenus sur le Web (Doueihi 2011, 163). Cette idée de l’anthologie comme « forme et format par excellence de la civilisation numérique » est au cœur de la réflexion que nous souhaitons proposer ici.

Cette réflexion s’ancre dans une recherche concrète menée au cours du développement du projet Anthologie grecque (porté par la Chaire de recherche du Canada sur les Écritures numériques (CRCEN)). Par sa nature, son histoire et le genre littéraire dans lequel il s’inscrit, le corpus de l’Anthologie grecque s’est révélé particulièrement éloquent pour la question de l’édition de patrimoines anciens et fragmentaires dans un environnement numérique.

Présentation d’un patrimoine ouvert

Le projet d’édition numérique collaborative de l’Anthologie grecque a été initié en 2014, en collaboration avec les professeur·e·s Elsa Bouchard (Département de philosophie et Centre d’études classiques à l’Université de Montréal) et Christian Raschle (Département d’histoire à l’Université de Montréal).

L’Anthologie grecque est un recueil regroupant la poésie épigrammatique grecque issue de la période classique jusqu’à la période byzantine, soit près de 4 000 pièces, de 325 auteurs différents, résultat de seize siècles de littérature. L’histoire de l’Anthologie grecque est complexe en ce qu’elle est le fruit de multiples reconfigurations et compilations. Par définition en effet, un recueil anthologique se caractérise par une reprise de plusieurs sources et l’enrichissement continu d’un corpus. La dénomination « Anthologie grecque » fait d’ailleurs référence à la réunion du manuscrit Palatinus 23 (940 apr. J.-C.) et de l’Appendix Planudea (début du XIIIe siècle). Cette appendix comprend les épigrammes absentes du manuscrit palatin mais présentes dans l’Anthologie de Planude. Celles-ci se basent sur une anthologie constituée par Constantin Céphalas vers 900 apr. J.-C., elle-même composée à partir des Couronnes de Méléagre et de Philippe (Ie siècle av. J.-C.), de Diogénien (IIe siècle apr. J.-C.) ou encore du Cycle d’Agathias (plus tardivement, au VIe siècle apr. J.-C.) (Cameron 1993 ; Gutzwiller 1997 , 1998).

Dans cette perspective, l’Anthologie peut être abordée « comme mouvement davantage que comme monument » (Mellet 2020) et surtout comme un matériau qui historiquement a été un espace de libertés et d’expressions pour les compilateurs successifs (par exemple, Méléagre, dans sa Couronne ajouta de nombreux poèmes de sa main ; les scholiastes du manuscrit palatin investissaient de temps à autre les marges des épigrammes pour des commentaires personnels) (Mellet et Vitali-Rosati 2021). Elle constitue dès lors un corpus précieux et diversifié de formes intertextuelles et de versions se succédant au fil des époques (Prioux 2008).

Si ce corpus peut nous paraître éloigné – par son temps, ses auteurs, sa forme, sa langue, le ton de ses épigrammes –, sa structure intertextuelle ainsi que les images qui la composent font écho à notre culture actuelle : une culture numérique et hypertextuelle qui renégocie constamment avec ses topoï. Par exemple, en lisant l’épigramme 68 du livre VII – une adresse à Charon, le nôcher des Enfers – le·la lecteur·rice de 2022 pourra penser à :

Ces échos sont le fait de la permanence du topos de la catabase dans notre culture, se manifestant au travers de différentes expressions artistiques (image, son) que ces dernières soient officielles ou non. Le topos de la catabase est une des nombreuses thématiques présentes dans l’Anthologie : la redondance de topoï fonde l’intertextualité du corpus, les imaginaires anthologiques dialoguent entre les épigrammes mais résonnent également en dehors du recueil, vers des œuvres d’époques et de cultures diverses. Le terme « anthologie » signifie initialement couronne de fleur (du grec ἄνθος et λέγω) et se définit donc par un esprit de bigarrure. De plus, par nature, le genre anthologique présente une structure et une composition qui ne se veulent ni définitives ni objectives : rassemblement d’hétérogènes pour donner la saveur d’une époque et d’une culture, l’anthologie est déjà un acte de mémoire en tant que tel qui convoque un patrimoine populaire autour d’objets du commun. Dans le cas particulier de l’Anthologie grecque, cette affirmation trouve une nouvelle force : somme de compilations successives, plus ou moins longues, plus ou moins virulentes et intrusives, répondant autant aux préférences du compilateur qu’aux valeurs d’une époque. Ce que l’on appelle Anthologie grecque n’est en réalité pas un objet clos mais une mise en relation de différents textes et contextes, produisant de nombreuses versions d’une anthologie. Le défi d’une édition est alors celui de parvenir à rassembler ces multiples versions pour unifier, au moins dans la forme, un patrimoine anthologique. Passées entre différentes mains, l’Anthologie peut être abordée comme un espace ouvert pour l’enrichissement et le dialogue entre ses épigrammes plutôt que comme un objet clos réservé à une discipline de langue et culture grecque, ou se limitant à une vérité littéraire (une « bonne » version de l’Anthologie).

Face à l’ouverture et l’universalité de ce corpus comme du genre qui le définit s’est posée la problématique de penser et décider un modèle éditorial qui parvienne à retranscrire cette caractéristique tout en demeurant stable et pérenne : comment faire acte de mémoire d’un patrimoine qui, dans sa forme (la forme de l’anthologie), est toujours ouvert et dont les traits significatifs se définissent par une forte résonnance avec nos imaginaires actuels ? Comment édite-t-on un topos en négociant simultanément son accessibilité et sa constante évolution ? Comment édite-t-on un passé en lien avec son présent ? (Vitali-Rosati et al. 2020 ; Mellet 2020 ; Mellet et Vitali-Rosati 2021 ; Agostini-Marchese et al. 2021 )

Pour répondre à ces questions, il nous a semblé que l’environnement numérique, par la modularité de son support, était plus adapté pour l’édition de notre corpus (Vitali-Rosati et al. 2020). Le principe d’écriture collaborative et de mise en réseaux des écritures qui fondent l’architecture du numérique permettrait à une édition de poursuivre et de parachever le projet anthologique : la circulation des contenus en environnement numérique permet l’émergence et la valorisation des pluralités de perceptions du matériel textuel ainsi que de l’ensemble des liens possibles entre les textes constituant l’Anthologie (Vitali-Rosati et al. 2020).

Pour concevoir ce modèle éditorial d’un corpus anthologique antique, nous avons, depuis les débuts du projet en 2014, conçu et réalisé plusieurs espaces et dispositifs numériques. De ces premières conceptualisations jusqu’aux récents développements, le modèle de valorisation pensé pour notre corpus a évolué parallèlement à la formation technique de l’équipe de la CRCEN (Agostini-Marchese et al. 2021), afin de répondre à de nouveaux besoins scientifiques mais aussi pour rejoindre d’autres communautés de recherche. Nous présenterons ici l’histoire de cette évolution, les différentes plateformes réalisées, qui nous ont amenés à penser, conjointement au développement d’un dispositif pour la valorisation de l’Anthologie, un modèle pour la valorisation d’autres corpus par le principe d’éditorialisation (Vitali-Rosati 2018), d’enrichissement, de collaboration et d’intelligence collective (Lévy 1994).

Une première édition du corpus : organiser une accessibilité

Le projet naît alors que le chercheur principal – Marcello Vitali-Rosati – était en quête d’une épigramme dont il avait oublié le numéro et la position (autant chercher une aiguille dans une botte de foin… ou relire les 16 livres de l’Anthologie). Le constat est évident : ce titan de la littérature grec nécessite une indexation précise et accessible des éléments qui le constituent. Les éditions savantes – imprimées – de l’Anthologie sont nombreuses, et, bien que la plupart d’entre elles présentent un index thématique (notamment (Beckby 1957)), celui-ci s’avère insuffisant. À la nécessité d’une indexation s’ajoute le besoin d’une retranscription de la circulation des idées ainsi que des structures intertextuelles que comporte le corpus. Il est apparu alors nécessaire, pour satisfaire à la curiosité du chercheur principal mais aussi pour d’autres chercheur·e·s, de repenser un modèle de valorisation du patrimoine anthologique qui se fonde non pas sur le principe du recueil, qui ici est de plus complètement contextuel, mais sur le principe du fragment. Valoriser l’Anthologie consiste à prendre en compte ses unités textuelles, les caractéristiques qui les définissent (auteur·e, époque, thématiques), leurs hétérogénéités comme les liens qu’elles tissent entre elles.

La première version se présentait sous la forme d’un site web généré avec le système de gestion de contenus SPIP, mis en place par Marcello Vitali-Rosati. Cette plateforme, malgré sa simplicité, permettait déjà de penser une accessibilité du corpus et a permis de spécifier des besoins techniques et herméneutiques pour réaliser ce qui deviendra le projet d’édition numérique collaborative de l’Anthologie (Agostini-Marchese et al. 2021).

Cette accessibilité ne pouvait cependant se départir d’une réflexion sur la structuration numérique des données du corpus : l’API conçue à la suite du SPIP par Arthur Juchereau se fondait sur la notion d’entité textuelle (entity) qui constituait l’objet central de notre modèle de données. Cette entité textuelle se conçoit comme une entité abstraite autour de laquelle gravitent plusieurs versions – qui sont des entités textuelles concrètes (édition du texte grec, traductions) et d’autres types d’informations permettant de caractériser cette entité (auteur·e, mots-clefs, commentaires, références internes ou externes) (Vitali-Rosati et al. 2020).

Concrètement, cette première phase de réalisation d’une plateforme donnant accès et permettant une indexation plus précise des contenus de l’Anthologie a démontré l’importance de penser, en amont de l’implémentation technique, la structuration et la modélisation épistémologique qui soutiennent le projet. Dans le but de valoriser un patrimoine que l’on peut alors désigner comme épigrammatique, notre modèle éditorial devait se fonder sur des données structurées. Au cœur de ce modèle, le concept de fragment devait demeurer une composante technique ouverte, c’est pourquoi l’entity qui le traduit est abstraite.

À partir de cette API fut conçue une nouvelle plateforme officielle qui a permis non seulement de réunir les différentes informations autour de la composante de l’épigramme en tant qu’unité, mais également de commencer à concevoir un modèle éditorial basé sur la collaboration.

Concevoir une plateforme d’édition collaborative et produire des parcours de lecture

Malgré la nature du corpus, souvent étiqueté comme un monument de la littérature grecque, il ne s’agissait pas de réaliser une énième édition savante, mais de penser une édition collaborative qui dépasse la distinction entre amateur et spécialiste pour en donner un accès de manière universelle.

La plateforme Anthologia palatina permettait de récupérer le texte grec des épigrammes à partir du site de Perseus et de les éditer ensuite par l’ajout de scholies, de traductions, d’alignements, de métadonnées. Les informations étaient éditées de manière collaborative par les membres (chercheur·e·s et étudiant·e·s) impliqué·e·s dans le projet. L’accès à la plateforme et à l’édition des fragments était également possible pour tout utilisateur·trice après création d’un compte. Ce modèle ouvert d’édition collaborative permettait selon nous de revaloriser un corpus ancien et de permettre son enrichissement, avec notamment l’ajout de « liens faibles ».

Les liens faibles désignent « les associations libres, faites par l’utilisateur·trice, de contenus divers à un contenu édité » (Mellet 2020) et dans le cadre de l’Anthologie, ils permettent d’incarner le maillage d’imaginaires collectifs. Pour reprendre notre exemple, dans la toile du topos de la catabase, la scène de descente aux Enfers d’Orphée de Cocteau, The Sail of Charon de Scorpions, Charon crossing the Styx de Patinir ainsi que son détournement sous la forme d’un GIF, sont autant de liens faibles qui permettent à l’utilisateur·rice de s’approprier le patrimoine anthologique et de s’investir dans sa pérennisation.

C’est à partir de cette idée d’un réseau de topoï au sein du patrimoine anthologique que nous avons conçu une première visualisation de nos données. La plateforme en question se propose comme un espace de lecture du corpus sous la forme de parcours d’imaginaires destinés à tout public curieux. La Plateforme ouverte des parcours d’imaginaires (la POP), réalisée en collaboration avec les étudiant·e·s de l’école Hetic, a pour vocation de populariser le patrimoine anthologique pour que ce dernier redevienne le reflet d’une époque et d’une série d’appropriations individuelles.

Dans cette vague d’accessibilité et d’ouverture du corpus anthologique à un public non spécialiste, la CRCEN mit également en place un bot twitter, qui publie chaque jour une épigramme.

Pérenniser un modèle

Au fil de l’évolution du projet, par l’émergence de nouveaux besoins et par l’introduction de nouveaux acteurs et partenaires, nous nous sommes rapidement heurtés aux limites techniques et théoriques de la structure initialement mise en place. Le premier problème était d’ordre éditorial : la question du multilinguisme – primordiale afin de garantir l’universalité première du corpus, permise à l’époque hellénistique par un état communément intelligible de la langue grecque (κοινὴ διάλεκτος) – n’était pas efficacement structurée par la première API. Dans l’idée de permettre à l’entité (ou au fragment textuel) de comporter autant de versions en autant de langues que l’utilisateur·rice le souhaite, il était primordial que ces éditions-contributions soient documentées et structurées. S’ajoutait à ce problème, celui du manque d’identifiants pour des objets qui définissent le fragments (auteur·e, thèmes, etc.).

D’un point de vue technique, la rencontre avec de nouveaux partenaires nous a fait prendre conscience de l’importance d’une structuration forte des données, permettant ainsi leur interopérabilité : les dialogues avec les équipes de Perseus – projet pionnier dans le champ des Digital Classics, prônant la diffusion et l’accessibilité aux textes anciens – et du projet Perseids – projet qui met à disposition des outils d’édition de corpus anciens – ont souligné l’importance de concevoir une interopérabilité des données et, par extension, du modèle de valorisation du patrimoine.

Face à ces problématiques, une révision de notre modèle de données a été engagée pour adopter une approche web sémantique : une nouvelle plateforme a été conçue sur l’abandon de la première.

Dans cette nouvelle plateforme, Anthologia graeca, le fragment demeure au centre de notre modèle, et, pour chaque unité textuelle, les données et métadonnées y sont liées à partir d’identifiants wikidata. La sémantisation de notre modèle s’est effectué en parallèle d’un nouvel enrichissement : un partenariat a été établi avec la Bibliothèque palatine d’Heidelberg où est conservé le manuscrit, permettant d’annoter celui-ci (d’y repérer les fragments et les scholies qui s’y rattachent) et de les lier aux fragments correspondants sur notre plateforme à partir de la numérisation du codex.

Enfin, des élèves de lycées classiques italiens (comme le lycée “Samuele Cagnazzi” d’Altamura) ont participé au projet et ont, avec leurs professeur·e·s, édité une portion de notre corpus. Cette expérience alliait un apprentissage du grec, une découverte des outils d’édition numérique et une introduction à la discipline des Digital Classics. Dans cette expérience de collaboration et de formation, le pari d’assouplir la frontière entre les contributions de spécialistes et celles d’amateurs curieux et/ou passionnés prend forme de manière plus concrète. Les statuts de collaboration, peu effectifs sur l’ancienne plateforme, ont été précisés dans la nouvelle (permettant de définir les modes et niveaux d’intervention de l’utilisateur·rice dans l’épigramme selon son statut), s’ajustant aux positionnements théoriques, méthodologiques, et épistémologiques préconisés dans la communauté des Digital Classics (Blackwell et Martin 2009).

Nous avons profité de ce glissement d’une plateforme à une autre pour rectifier et accorder la motivation théorique de notre projet à sa réalisation technique : Anthologie Palatine est devenu Anthologie grecque. Si la volonté initiale était d’éditer le manuscrit palatin, la nécessité d’étendre le projet à l’Anthologie grecque s’est révêlée nécessaire pour des questions de pertinence : ce n’est pas la matérialité du recueil que nous avons pour dessein d’éditer, mais bien l’imaginaire collectif et les dialogues anthologiques que recouvrent plusieurs manuscrits. C’est ainsi qu’AP devint AG ; la nouvelle plateforme utilise la syntaxe GraphQL, nous permettant de redéfinir le modèle et les relations qui s’y tissent. Le schéma a été défini en Django (un framework python).

L’interopérabilité mise à l’épreuve

Cette évolution nous a fait prendre consicence de l’importance d’une collaboration et d’un dialogue entre les chercheur·e·s et les informaticien·ne·s. Il était primordial que l’équipe technique puisse comprendre les enjeux philologiques et éditoriaux d’une part, les difficultés et défis inhérents au corpus anthologique d’autre part (comme « qu’est-ce qu’une scholie, comment fonctionnent les différents livres, quelles différences y a-t-il entre auteur et éditeur,…? »). Réciproquement, il a été nécessaire pour l’équipe de chercheur·e·s d’appréhender le fonctionnement du modèle technique pour formuler une modélisation concrète des enjeux éditoriaux correspondant aux besoins du projet.

La formation technique et l’acquisition de compétences nouvelles par l’équipe de chercheur·e·s a permis d’élargir encore le champ des possibles concernant le futur du projet, dont les contours n’ont de cesse de se redéfinir. À la suite de dialogues et d’échanges avec les divers profils techniques (Timothée Guicherd qui est le développeur de l’infrastructure de données, David Larlet et Sarah Rubio qui sont les développeurs de l’interface web) et parallèlement à l’amélioration de notre nouvelle plateforme et base de donnée est né un projet d’intelligence artificielle littéraire. Celui-ci a pour vocation d’améliorer nos définitions de concepts littéraires à partir d’expérimentation d’algorithmes d’apprentissage automatique. Ces algorithmes (cherchant ici à définir le concept de variatio ou de varation) sont entrainés sur le corpus de l’Anthologie, que notre modèle permet désormais de parcourir et d’interroger. La réalisation de ce projet s’inscrit explicitement dans cette volonté initiale de continuer l’œuvre de Méléagre, Céphalas, mais aussi de compilateurs et scribes anonymes.

Conclusion

Plusieurs temps de reprise techniques et théoriques marquent l’histoire du projet Anthologie grecque. Premièrement, la recherche engagée sur une édition numérique de l’Anthologie palatine, pour des besoins d’indexation thématique plus précise et d’accessibilité facilitée, nous a amené à penser un modèle de valorisation du patrimoine anthologique. L’étude de notre corpus, et de la littérature secondaire qui le concerne, a permis de formuler la véritable problèmatique éditoriale du projet : comment stabiliser un patrimoine qui est, dans sa forme et son identité, toujours ouvert ? Dans la conceptualisation de ce modèle qui devait répondre à cette problèmatique, au fil des plateformes et des formations techniques de l’équipe, les besoins éditoriaux du projet ont émergé plus concrètement : la visée collaborative, la dimension populaire, la structure du fragment, le principe de résonnance des topoï, sont autant de balises symboliques et scientifiques qui ont délimité une recherche éditoriale.

Ce modèle et l’évolution du projet ont été fortement documentés [voir les articles qui présentent le projet] dans le but de rendre compte du développement d’une réflexion sur ce que veut dire faire patrimoine, faire collectif de mémoire, mais également dans l’objectif de pouvoir penser l’ouverture de ce modèle sur d’autres corpus fragmentaires et communautés intéressées par le dialogue entre littérature et informatique.

Bibliographie

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